RENCONTRE avec un Moineau
Honfleur, le ciel sombre, le lieu gris
l'hiver ! le corps froid, la joie fuit
Deux petits coeurs jumeaux au bar du port
Yeux contre corps, autour d'un café fort
Dans une taverne triste, une grève marine
Baigne de nos narines des fragances de frittes chagrines

Brutalement, un vent destin, la porte grinça
Une bise Normande, devenue sirocco entra
Un grand oiseau lumière, dans l'embrasure s'engouffra
Un joyeux lutin, notre épaule frôla
Une lumière sonore jaillit et noya nos ouïes
Uo cyclone de paix s'installa dans ce lieu gris
Tel un chevalier du vent la froidure dégivra,
Les larmes de nos yeux balaya
Nos petits calots givrés clos, s'ouvrirent alors au fabuleux
Médusés, nos yeux ne percevaient plus que lui

Le précieux diamant de nos coeurs, s'embrasa
La lyre de nos âmes jouait alors très fort, l'unique note de ta symphonie
Tu apparus, alors à travers ton plumage, majestueux
Tel un radieux et brillant poète
Comme goéland en pèlerine de fête
Nos regards se cherchèrent, lentement, simplement
Tu nous pris alors amicalement la main
Et glissa à nos oreilles émues, malicieusement
« Moi oiseau de coeur je suis bienheureux de croiser
Vous, gentils artistes poètes, amoureux de la vie

Vous les artistes poètes
Cordial salut toi l'alouette des champs
Amicale bonjour pour toi mouette d'argent »
! Ces mots étaient sans voix, et le message unique
j Seul d'un émule des Dieux, ce miracle surgit
| Pour nous être agréable, quelques Alexandrins il décocha
Et glissa, en guise de sourire sur la table Jaunie
Quelques feuillets de vélins, habillés de ses poésies
Se sentant redevable, de notre poche, avons sorti quelques écus
Que nous avons prudemment glissé dans sa petite main menue...
Coeur battant maintenant vers image sans teint
Le brouillard l'avait englouti ,dans son manteau malin
Dans nos coeurs de nouveau il pleuvait, chagrin
Longtemps à travers le hublot tel le marchand d'amour
Nous avons attendu, confiant, son lumineux retour
Mais hypothétique espoir, notre attente fut vaine
Et nos yeux ouverts, larmoyant, pleuraient cette peine
Marchand éphémère bonheur, il allais vers d'autres lieux
Réchauffer et réveiller d'antres coeurs
Distribuer, généreux, sa chaleur

Egoïste que nous étions nous voulions tout pour nous
Nous avions en un instant gagné un coeur et perdu un ami
Vie troublante, cruel défi, surprise divine
Même pas le temps de fabriquer des souvenirs
Comme une âme soeur tu ne fis que passer
Comme joyeuse comète dans notre ciel de pluie
Certes vertu des grands bonheurs brusquement apparus, aussi vite enfuis
Fugace comme rayons de soleil dans un ciel Normand
Mais avant que nous puissions dérouiller nos lèvres émues
Et tenter d'improviser pour lai quelques compliments
II nous a laisser, là, perdu, suspendu à ses gréements
Eblouis, pétrifiés, lavés, neufs, sans poids, sur une mer sans vent
Avec la certitude profonde et l'inoubliable impression
D'avoir vécu, de vrais secondes-béton.
Bouffés d'instants qui pèsent des ans
Reconnaissant, heureux, repu jusqu'à la lie
Engourdie, pétri d'amour, comme dans un rêve
Avant que nous ayons put crier, applaudir, pleurer
II nous avait quitté en pleine moisson

II avait coupé notre blé en herbe
II nous avait fuit en pleine saison
Presque au nez la porte claqua la lourde porte du café
Partant aussi vite qu'il était apparu
Nous avons juste put esquissé chacun un revers de la main
Derrière le carreau mouillé, l'amical salut il nous a rendu
II étais souriant.heureux de son effet, mais très vite,
Trop sa belle image a disparu, lentement, tristement diluée
Dans l'épais brouillard marin sa main s'est fondue

Toi dont la lecture-consolation reste une fête
N'inondant d'amour que les âmes qui quête
Ton absence fut pour nous un réel déchirement
Mais notre reconnaissance sans borne et notre coeur ému
Implore ta présence, recherche ton enfance, et envie ta vertu
Dans le pays de Chaux, certain connaisse ton surnom
Tu te fais appeler Brainin, Monsieur le poète dit « Moineau »
Mais comme cela sonne vrai et comme cela est beau
Hélas ne reste de ce jour que quelques feuillets jaunis
Que quelques versets-écrits, en mince souvenir, de ces instants bénis
Honfleur mon port, il y a bien longtemps que tes voiliers
N'ont pas essuyé ces merveilleux vents
Et chaque fois obstiné que nous repassons chez toi
Dans ce même café, aux tables mouillées, aux frites cargos
Une place est toujours laissée pour accueillir, l'oiseau
Car si d'aventure, il lui prenait le goût de revenir...
Et puis pour le tenter, nous reusons religieusement
Quelques versets-souvenirs d'une voix soupir
Et alors miraculeusement cette douée chaleur reviens,
Et le bonheur remonte en nos coeurs
Et ce vent puissant .nous refait à chaque fois, frémir
Et nous retrouvons notre belle candeur d'enfant
C'est alors pour nous notre plus précieux tourment
Et depuis ce beau jour, inlassablement
Nous essayons à travers nos vers, nos tableaux
A travers la richesse des phrases
A travers la couleur des pinceaux
Nous cherchons sans trêve la magie de tes mots
Qu'il était doux et précieux, délicieux et beau
Ce breuvage lettré, qui nous a fait si chaud
Embrasant de ton feu, nos âmes givrées
Oh! Dieu, que ces instants son puissant, inespérés
Pour ceux qui dans l'éclair d'un regard, d'un mouvement
Donne à ceux qui quête, en cadeau, l'immensité du temps
Afin de les faire renaître, an printemps de la vie, simplement
Un jour bénit de pluie.tu nous a fait ce soleil-cadeau
A jamais merci, petit oiseau!
De nous avoir guidé sur ton précieux chemin
Et maintenant tout comme toi, sans trêve
A travers nos peintures, nos poésies, nos tableaux, nos mots
Nous cherchons sans cesse ton merveilleux vaisseau
Mais petit moineau, Dieu que tu voles haut !

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